Ma bio et ma vision sur la correction


Correcteur expert, chercheur en littérature et coordinateur éditorial, je fus amené à développer cette activité exigeante, fondée sur une formation approfondie en littérature, prolongée jusqu’au niveau Bac +8. Explorateur des textes et de leurs limites, je mène de front différentes pratiques – correction, relecture, analyse, accompagnement éditorial, mise en page –, inscrivant mon travail dans une approche globale de l’écriture.

Également technicien supérieur en bureautique & maintenance informatique – c’est ce qui me permet d’ailleurs de procéder, en plus de la correction, à la mise en page de tout le bloc intérieur des manuscrits que je corrige –, cette compétence, en assurant le bon fonctionnement des outils numériques, contribue à soutenir le bon déroulement du processus éditorial. En effet, la capacité à résoudre des problématiques techniques, à manipuler les éditeurs de textes et à optimiser les conditions d’une bonne correction devient alors indissociable du travail de correction lui-même. Ainsi, dans l’articulation entre correction et technique se dessine une pratique globale, à la fois rigoureuse, adaptable et résolument ancrée dans les exigences du métier du correcteur contemporain.

En parallèle, j’ai autrefois travaillé comme transcripteur audio et rédacteur polyvalent. Ce sont des compétences qui font appel à différentes techniques et pratiques : restitution de la parole, écriture journalistique, rédaction académique, traitement de texte, analyse de l’information, etc. Les limites de la correction sont ainsi repoussées puisqu’il s’agit de produire des contenus lisibles, attrayants et surtout dénués de fautes.

Mon rapport au texte en tant que correcteur :

Il ne s’agit pas ici d’épiloguer sur les multiples aspects techniques de la correction, je l’ai déjà fait à maintes reprises. Évoquons plutôt la manière dont j’aborde les textes qui me sont confiés, et la logique qui sous-tend mon intervention. 

Un texte, tel qu’il se présente initialement, apparaît souvent comme un ensemble en devenir, porteur de tensions, d’imperfections et de potentialités. C’est dans cet espace que s’inscrit mon travail.

Les textes que je corrige présentent généralement une structure qu’il convient d’examiner avec attention : ils avancent, cherchent leur cohérence, tendent vers une forme plus aboutie. La correction, à ce titre, agit comme un processus de clarification. Elle permet de rendre lisible ce qui demeure encore incertain, de stabiliser ce qui reste fragile.

Le texte, pourrait-on dire, est toujours en quête de sa forme juste. La raison en est que l’écriture est inséparable du travail qui la prolonge. Elle n’est pas, contrairement à l’idée reçue, un acte achevé dès sa première formulation, mais une construction progressive, qui exige reprises, ajustements et corrections.

Ce que mon expérience m’a appris sur la correction des manuscrits ?

Les textes, on le sait, circulent aujourd’hui avec une grande facilité. Ils se diffusent, se publient, se partagent sans toujours faire l’objet d’un travail approfondi. Ils offrent souvent des versions imparfaites d’eux-mêmes, où l’orthographe, la syntaxe, la cohérence et la cohésion sont mises à l’épreuve. Ils deviennent alors des objets fragiles, dont la portée se trouve limitée.

Le siècle présent a d’ailleurs vu se multiplier ces textes publiés sans véritable correction. Mais ces textes, souvent, peinent à atteindre leur objectif. Dans l’absence de rigueur, l’intention initiale se dilue. Une idée forte se transforme en confusion. La qualité de l’écriture se trouve alors compromise. On pourrait être tenté d’en conclure que l’exigence linguistique a perdu de son importance. Mais en est-il vraiment ainsi ?

La réponse est non, car ce serait carrément oublier que la correction est de l’ordre de la nécessité ! Elle est ce travail discret qui permet au texte d’exister pleinement, elle dit ce qui lui manque. L’idée du manque est essentielle. Le texte tel qu’il est, tel qu’il est écrit dans sa première version, ne donne pas toujours satisfaction. Il demeure incomplet, parfois même défaillant.

C’est parce que l’on est confronté à ces insuffisances que le travail de correction s’impose. Améliorer la clarté, renforcer la cohérence, rendre le texte plus lisible. Aller vers une forme plus aboutie, plus maîtrisée. Les exigences de l’écriture – corriger le texte et en révéler la qualité – n’ont rien perdu de leur force ni de leur nécessité.

Cela dit, la correction ne saurait se substituer à l’écriture elle-même. Elle s’inscrit dans son prolongement, dans un dialogue constant avec elle. Elle respecte la voix de l’auteur, ses choix, son intention. Elle n’impose pas, elle suggère. Elle accompagne sans effacer.

L’écriture est une aventure ? La correction aussi !

L’une des caractéristiques de la correction est l’intervention dans un texte que l’on croyait achevé. La tentative la plus poussée de fusion entre le texte et son correcteur se situe dans la dissolution de celui-ci dans l’univers inconnu de celui-là. Tel, du moins, a été le projet de toute une tradition exigeante de correcteurs, née de la conviction que la correction ne consiste pas à multiplier les ratures, mais à accompagner la justesse du texte pour en éclairer les fonds perdus. Il s’agit pour les membres actifs de cette tradition, le correcteur chevronné en tête, de traquer les faiblesses du texte et de combattre l’écriture relâchée, une exigence qui pourrait s’exprimer dans ce slogan : « Lire sans sauter une ligne et corriger sans compromis ». 

C’est bien la somme de toutes ces expériences qui fait de la correction – la correction-relecture pour dire les choses plus précisément – plus qu’une simple opération de réparation : le prolongement de l’expérience littéraire par d’autres moyens, une véritable aventure qui repose sur un fait réel de l’écriture : on ne sait jamais, en commençant à corriger, où le texte va nous mener.