
D’habitude, je m’adresse aux auteurs mais, cette fois-ci, j’ai un petit mot aux correcteurs, et il faut que ce soit dit, car ça devient insupportable.
Je vois beaucoup d’annonces dans lesquelles vous employez ces deux expressions quand vous proposez vos services :
1. Correction du style
2. Reformulation des phrases
Correction du style ! Comment ça, vous corrigez le style ? Vous voulez mettre votre style à la place de celui de l’auteur ou quoi ? Il n’y a pas d’élément à corriger qui s’appelle le style. Au contraire, le style, on doit tout faire pour le garder tel quel. Ce n’est pas possible de corriger un style. Il n’y a pas un style modèle pour corriger les autres styles. Chaque auteur a son style. Il n’y a pas d’archétype.
Donc, soit vous ne savez pas ce que c’est qu’un style et vous dites n’importe quoi, soit vous voulez imposer votre écriture et dénaturer complètement la voix de l’auteur et que vous n’avez pas de méthode.
Ce qui me ramène à l’expression suivante :
Reformulation des phrases : pourquoi « reformuler » des phrases ? Sur la base de quels critères ? De quelle méthode ? Ou bien, dès qu’une phrase ne sonne pas bien dans vos oreilles, vous la reformulez ? C’est-à-dire vous la réécrivez autrement, à votre manière ? Alors que très souvent, il suffit d’un petit geste comme ajouter, déplacer ou de supprimer une virgule, et la phrase redevient cohérente.
Par conséquent :
Il faut avoir une méthode pour corriger. « Correction du style » et « reformulation des phrases », ça ne répond à aucune norme de correction. Arrêtez de dire ça, c’est du baratin !
Pire encore : quand vous faites ça, vous laissez des marques implicites de polyphonie dans le texte. Parce que monsieur ou madame le correcteur ou la correctrice a voulu réécrire le texte à sa manière. Et donc quand on fait une analyse stylistique du texte, on a l’impression que c’est un ouvrage coécrit, parce que l’usage de la langue, d’une phrase à une autre ou d’un paragraphe à un autre, n’est pas le même. Vous rendez le texte complètement hétérogène, vous créez différents registres, différents rythmes…
Alors j’aimerais préciser une chose : corriger, ce n’est pas réécrire en fonction de votre ressenti au moment M de votre lecture, et ce n’est pas accumuler les ratures. Il y a une méthode, elle consiste ni plus ni moins à appliquer des règles bien connues :
Les règles de la langue (niveau microstructure, simple) : orthographe, grammaire, syntaxe, typographie.
Les règles de l’écriture (niveau macrostructure, complexe) : on les appelle les 4C : la Continuité, la Cohérence, la Cohésion et la non-Contradiction.
Ensuite, chacun de ces éléments a ses principes propres. Par exemple :
En orthographe : on corrige les accents, les doubles consonnes, la morphologie des mots...
En grammaire : on applique les accords
Pour juger de la cohérence, on fait une analyse lexico-sémantique, on dégage les différents sémèmes, etc.
Et ainsi de suite…
Ça, c’est ce qui doit être « corrigé ».
Maintenant, pour faire un travail plus sérieux et plus profond sur un roman, il reste un point essentiel : les composants diégétiques. Et là, il faut quand même s’y connaître en littérature. Il faut savoir commenter certains éléments essentiels du récit : l’incipit, les décors, l’intrigue, la narration, la description, les dialogues, les personnages, les actions, les espaces, le temps, l’excipit…
Ça, en aucun cas, il faut les corriger ou les modifier, il faut juste signaler/commenter ce qui devrait être amélioré par l’auteur. Par exemple : un incipit peu accrocheur, un décor insuffisamment installé, un héros peu caractérisé, un temps indéfini, etc. Ça relève de la « création littéraire », donc c’est à l’auteur d’apporter ces modifications en faisant appel à son imaginaire.
Donc, on ne corrige pas un style ! Ça n’a pas de sens. On corrige une faute de grammaire, une faute d’orthographe, une incohérence, une incohésion… Et on ne « reformule » pas une phrase, on essaie de la sauver au maximum, on la « répare », on ne lui substitue pas une autre, sauf si elle est complètement escamotée, chose très, très rare.
Si un auteur écrit une phrase qu’il faut reformuler, soit il était complètement déconcentré au moment où il l’a écrite, et là on peut retrouver pas plus de 5 phrases comme ça dans tout le roman, soit l’auteur n’est pas du tout francophone, et là ça devient une catastrophe.
Donc, soit il y a très peu de phrases à reformuler, soit tout le texte est à reformuler. Et si un auteur écrit bien mais que vous lui reformulez plus de 5 phrases dans le texte, c’est que le problème vient de vous.
Pour résumer :
1) On ne corrige pas un style ;
2) On reformule très rarement une phrase ;
3) Il faut une méthode où on applique des règles ;
4) On fait une « mécanique » du texte. (On « répare » en sauvant un maximum d’éléments déjà présents. On ne change que les pièces défectueuses).